Les grands chantiers de l'énergie française : où en sont-ils en 2026 ?
Derrière les objectifs chiffrés de la feuille de route énergétique, il y a des chantiers bien réels : des éoliennes qu’on plante en mer, des câbles qu’on déroule au fond de l’océan, des terrassements qui préparent des réacteurs pour les années 2040. Tour d’horizon des grands projets en cours, de leur avancement réel et de leurs calendriers.
Éolien en mer : le changement d'échelle
C’est la filière qui connaît la plus forte accélération.
Ce qui tourne déjà
Début 2026, environ 2 GW sont en service au large des côtes françaises, répartis sur les parcs de Saint-Nazaire, Fécamp, Saint-Brieuc, Yeu-Noirmoutier et du golfe de Fos.
Ce qui se construit
Début 2026, deux parcs commerciaux et deux fermes pilotes flottantes étaient en construction, représentant environ 1 000 MW supplémentaires. Le cumul devrait dépasser 3 000 MW mis en service vers 2027. Les énergéticiens ont investi près de 2,3 milliards d’euros en 2025 pour faire avancer ces chantiers.
Dieppe – Le Tréport est le plus avancé. La première des 62 fondations a été posée en septembre 2025, le poste électrique en mer installé dans la foulée, et la première éolienne a été installée en juin 2026. La mise en service complète est attendue d’ici la fin de l’année 2026.
Le parc du Calvados poursuit l’installation de ses fondations, câbles inter-éoliennes et turbines.
Dunkerque, dont les autorisations environnementales ont été obtenues courant 2025 après le rejet des recours par le Conseil d’État, devrait être le prochain projet à entrer en construction, pour une mise en service visée en 2028. Sa proximité avec la frontière belge a été un point clé des discussions.
Côté raccordement, RTE avait mis à disposition, à fin avril 2026, l’ensemble des raccordements des projets issus des deux premiers appels d’offres et des parcs pilotes flottants.
Ce qui arrive : 11 nouveaux parcs
C’est l’annonce structurante de l’année. La France lance 11 nouveaux parcs représentant à eux seuls 10 GW — soit cinq fois la capacité actuellement en service. La moitié (5 GW) concerne l’éolien posé, l’autre moitié le flottant, qui permet de s’éloigner des côtes.
Le cahier des charges de l’appel d’offres correspondant (AO10) a été publié le 12 juin 2026, pour une attribution visée début 2027.
La trajectoire visée : 15 GW installés en 2035, 18 GW en 2037, avec 26 GW attribués d’ici 2030-2031, dans la perspective de 45 GW en service en 2050.
Nucléaire : les EPR2 en phase préparatoire
Le programme
La feuille de route confirme la construction de six réacteurs EPR2, par paires sur trois sites :
| Site | Département |
|---|---|
| Penly | Seine-Maritime |
| Gravelines | Nord |
| Bugey | Ain |
Chaque réacteur affichera une puissance unitaire d’environ 1 670 MWe, avec un prix de l’électricité garanti annoncé à 100 €/MWh. Le coût du programme a été réévalué à 72,8 milliards d’euros.
Où en est le chantier de Penly
C’est le site pilote, et le seul où les travaux sont réellement engagés. Les premiers travaux préparatoires ont démarré le 1er juillet 2024 : débroussaillage, déboisement, reprofilage de la falaise, création d’une plateforme en mer, voiries et zones de stockage. Cette phase devait s’étendre jusqu’en 2026.
Le volet humain et territorial est à la mesure du chantier. Selon le baromètre « Grand Chantier » de juin 2026 :
- environ 700 personnes embauchées, intérimaires compris, dont 300 formées spécifiquement ;
- 900 places d’hébergement déjà mobilisables, avec une base de 480 studios en construction à Belleville-sur-Mer et une résidence de 150 chambres à Dieppe ;
- des travaux routiers programmés à l’automne pour absorber les flux vers le site.
Le calendrier, et le risque
La construction d’un EPR2 est estimée entre 12 et 15 ans. La mise en service du premier réacteur est annoncée à l’horizon 2038.
Le précédent qui inquiète : le chantier de Flamanville 3 a duré 17 ans au lieu des 54 mois initialement prévus. Plusieurs analyses soulignent que des dérapages similaires sur Penly et Gravelines pourraient placer la France en déficit de production électrique entre 2030 et 2040, au moment où le parc historique vieillit.
Solaire : le pari du volume
Le photovoltaïque ne procède pas par grands chantiers emblématiques mais par accumulation de projets. La trajectoire n’en est pas moins ambitieuse : passer d’environ 30 GW installés aujourd’hui à 48 GW en 2030, puis 55 à 80 GW en 2035.
Le défi n’est pas technologique mais industriel et administratif : tenir un rythme de plusieurs gigawatts par an suppose une simplification des procédures et un approvisionnement sécurisé en composants. L’éolien terrestre, lui, reste freiné par les oppositions locales et les recours, d’où la priorité donnée au repowering — remplacer les machines existantes par des modèles plus puissants plutôt que multiplier les implantations.
Interconnexions : relier les réseaux européens
Moins visibles, ces projets sont pourtant décisifs : ils permettent d’échanger de l’électricité entre pays, donc d’absorber les variations de production renouvelable et de sécuriser l’approvisionnement.
Golfe de Gascogne (France – Espagne)
C’est le chantier d’interconnexion le plus important en cours.
- 400 km de liaison, enfouie ou sous-marine, entre Cubnezais (près de Bordeaux) et Gatika (près de Bilbao), portée par INELFE, société commune à RTE et Redeia.
- Elle doublera les capacités d’échange entre les deux pays pour les porter à 5 000 MW — l’équivalent de la consommation de 5 millions de foyers, soit une hausse de près de 80 %.
- Bénéfices attendus : éviter la perte de 7 430 GWh/an d’électricité verte et l’émission de 600 000 tonnes de CO₂ par an.
Avancement : après une phase intense de travaux de tranchée en 2025 — incluant la réalisation des plus longs micro-tunnels de France aux atterrages du Porge, de Seignosse et de Capbreton —, la pose des câbles en mer a démarré le 25 mai 2026 au large de Capbreton, avec le navire câblier Monna Lisa. Les campagnes en mer se succéderont en eaux françaises et espagnoles jusqu’en avril 2027, avec des essais à partir de mi-2027 et une mise en service début 2028.
Celtic Interconnector (France – Irlande)
Un projet à forte portée symbolique : ce sera la première connexion directe entre l’Irlande et l’Europe continentale, un enjeu accru depuis le Brexit. L’Irlande deviendra le 7ᵉ pays interconnecté avec la France.
- 575 km de liaison à courant continu, dont près de 500 km en mer, entre La Martyre (Finistère) et la région de Cork.
- Capacité de 700 MW, soit l’équivalent de 450 000 foyers.
- Coût partagé entre EirGrid (65 %) et RTE (35 %) jusqu’à environ 1,18 milliard d’euros, puis à parts égales.
Avancement : la première campagne de pose sous-marine s’est déroulée en Irlande à l’été 2025 ; la campagne française a débuté en 2026 à l’atterrage de Cléder (Finistère), avec 98 km de câbles fabriqués par Nexans. Côté terrestre, 90 % du génie civil est réalisé, la fin du chantier étant prévue à l’automne 2026. Trois campagnes maritimes supplémentaires suivront en 2027 et 2028.
Ce que ces chantiers disent de la transition
Trois enseignements se dégagent :
- Les temporalités sont très différentes. L’éolien en mer produit dans un horizon de 3 à 5 ans, le nucléaire dans 12 à 15 ans. C’est ce décalage qui structure le débat sur le mix : les décisions prises aujourd’hui pour 2038 doivent coexister avec des besoins immédiats.
- Le réseau est le maillon critique. Raccordements en mer, interconnexions, renforcement du réseau terrestre : sans ces investissements souvent invisibles, les capacités de production installées ne servent à rien.
- Le risque principal est le calendrier, pas la technologie. Retards administratifs, recours, tension sur les compétences, dérapages de chantier : c’est là que se joue la crédibilité des trajectoires, bien plus que sur la faisabilité technique.
À retenir
- Éolien en mer : ~2 GW en service, ~1 GW en construction, Dieppe – Le Tréport en service fin 2026, Dunkerque prochain chantier. 11 nouveaux parcs (10 GW) en cours d’appel d’offres, attribution début 2027. Cap : 15 GW en 2035, 45 GW en 2050.
- Nucléaire : 6 EPR2 (Penly, Gravelines, Bugey), 1 670 MWe chacun, 72,8 Md€, premier réacteur vers 2038. Penly en travaux préparatoires, ~700 personnes mobilisées.
- Solaire : de ~30 GW à 48 GW en 2030 et 55-80 GW en 2035 — un défi de rythme plus que de technologie.
- Interconnexions : Golfe de Gascogne (5 000 MW, mise en service début 2028, câbles posés depuis mai 2026) et Celtic Interconnector (700 MW, première liaison Irlande-continent, campagnes jusqu’en 2028).