Le nucléaire

Première source d’électricité en France, le nucléaire y occupe une place sans équivalent dans le monde. C’est aussi l’énergie la plus débattue : atout de souveraineté et de décarbonation pour les uns, pari technologique et financier risqué pour les autres. Voici les faits pour se faire une opinion.

C'est quoi ?

L’énergie nucléaire est produite par la fission : le noyau d’un atome lourd (l’uranium 235) est cassé par un neutron, libérant une très grande quantité de chaleur. Cette chaleur sert à produire de la vapeur, qui entraîne une turbine et un alternateur — comme dans une centrale thermique classique, mais sans combustion et sans émissions de CO₂ à la production.

La différence d’échelle est frappante : un gramme d’uranium libère autant d’énergie qu’environ une tonne de charbon.

Comment ça marche ?

Une centrale française fonctionne selon le principe du réacteur à eau pressurisée (REP), organisé en trois circuits étanches :

  1. Le circuit primaire. L’eau, maintenue sous très haute pression pour ne pas bouillir, circule dans le cœur du réacteur et capte la chaleur de la fission.
  2. Le circuit secondaire. Cette chaleur est transmise, via un générateur de vapeur, à un second circuit dont l’eau se vaporise. La vapeur fait tourner la turbine, couplée à l’alternateur qui produit l’électricité.
  3. Le circuit de refroidissement. Un troisième circuit (eau de rivière ou de mer, parfois via les célèbres tours aéroréfrigérantes) condense la vapeur.

Les barres de commande, insérées plus ou moins profondément dans le cœur, permettent de piloter ou d’arrêter la réaction.

Le parc français en chiffres

  • 57 réacteurs répartis sur 18 centrales, dont 56 réacteurs à eau pressurisée de génération II et l’EPR de Flamanville.
  • Le parc est structuré en paliers : 32 réacteurs de 900 MWe, 20 de 1 300 MWe, 4 de 1 450 MWe, plus l’EPR (~1 650 MWe).
  • Production 2025 : 373 TWh, soit environ 68 % de l’électricité produite en France — un record depuis 2019. EDF vise 400 TWh d’ici 2030.
  • Un parc vieillissant : la majorité des réacteurs datent des années 1980, avec un âge moyen de 40 à 47 ans. Les plus anciens (Bugey 2 et 3, mis en service en 1979) atteignent 47 ans en 2026 et comptent parmi les doyens du parc français.

L'EPR de Flamanville

Premier réacteur mis en service en France depuis 25 ans, l’EPR de Flamanville 3 (environ 1 650 MWe, le plus puissant du parc) illustre à lui seul les promesses et les difficultés de la filière :

  • Raccordé au réseau le 21 décembre 2024, avec 12 ans de retard sur le calendrier initial (2012), en raison notamment de problèmes de soudures.
  • Pleine puissance atteinte le 14 décembre 2025, mise en service commerciale au printemps 2026.
  • Son coût a été multiplié par près de six par rapport au devis initial (d’environ 3,3 à plus de 19 milliards d’euros).
  • Un premier grand arrêt de maintenance (« visite complète »), prévu à partir de septembre 2026 pour environ un an, doit notamment permettre le remplacement du couvercle de cuve.

Les projets EPR2

La France prévoit la construction de six nouveaux réacteurs EPR2. Le coût estimé a été réévalué à 72,8 milliards d’euros (contre 51,7 milliards un an plus tôt). En 2025, la Cour des comptes a alerté sur les incertitudes du programme, estimant le pays « loin d’être prêt », recommandant de retarder la décision finale d’investissement et jugeant la rentabilité « médiocre ». La première mise en service est aujourd’hui envisagée à l’horizon 2037-2038.

Les enjeux et le débat

Le nucléaire est un sujet clivant. Voici les principaux arguments de chaque côté, tels que les avancent leurs défenseurs.

Les arguments en faveur :

  • Une électricité très bas carbone, comparable au renouvelable en émissions sur le cycle de vie, ce qui en fait un outil de décarbonation.
  • Une production pilotable et stable, disponible quelle que soit la météo — un complément aux renouvelables intermittents.
  • Une indépendance énergétique relative et une électricité historiquement compétitive.
  • Une forte densité : peu d’emprise au sol pour beaucoup d’énergie.

Les arguments critiques :

  • Les déchets radioactifs à vie longue, dont la gestion sur des milliers d’années reste un défi non résolu (projet de stockage profond Cigéo).
  • Le risque d’accident majeur, faible en probabilité mais aux conséquences durables (Tchernobyl, Fukushima).
  • Les coûts et délais, illustrés par les dérives de Flamanville et les incertitudes sur les EPR2.
  • La dépendance à l’eau : environ 19 milliards de m³ prélevés par an pour le refroidissement, une vulnérabilité croissante face aux sécheresses et canicules. EDF chiffre à 8,7 milliards d’euros ses investissements d’adaptation climatique d’ici 2040.
  • Le risque systémique : la standardisation du parc signifie qu’un défaut générique peut immobiliser de nombreux réacteurs simultanément, comme lors de la crise de corrosion sous contrainte de 2022.
  • La dépendance à l’uranium importé, la France n’en produisant plus.

Les défis à venir

  • Le grand carénage : le vaste programme de maintenance et de modernisation destiné à prolonger la durée de vie des réacteurs existants.
  • La modulation : adapter une production historiquement conçue pour tourner en continu à un système électrique où les renouvelables varient.
  • L’adaptation climatique : sécuriser le refroidissement face aux étés plus chauds et aux étiages.
  • Le renouvellement du parc : décider et financer les EPR2 avant que les réacteurs actuels n’arrivent en fin de vie.

À retenir

  • Fission de l’uranium → chaleur → vapeur → turbine → électricité, sans CO₂ à la production.
  • 57 réacteurs, 18 centrales, environ 68 % de l’électricité française (373 TWh en 2025).
  • EPR de Flamanville : en service, mais 12 ans de retard et un coût multiplié par près de six.
  • 6 EPR2 prévus, à 67,4 milliards d’euros estimés, avec des réserves de la Cour des comptes.
  • Débat ouvert : atout bas carbone et pilotable d’un côté ; déchets, risque, coûts, délais et dépendance à l’eau de l’autre.

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