La géothermie
La géothermie exploite la chaleur du sous-sol. C’est une énergie renouvelable discrète — elle ne se voit pas dans le paysage — mais dotée d’un atout rare : elle produit une chaleur stable, disponible en continu, indépendante de la météo, de jour comme de nuit, été comme hiver. Longtemps restée marginale en France, elle est propulsée au premier plan par la nouvelle feuille de route énergétique.
C'est quoi ?
Le sous-sol terrestre est naturellement chaud, et cette chaleur augmente avec la profondeur (environ +3 °C tous les 100 mètres en moyenne). La géothermie consiste à capter cette chaleur pour chauffer des bâtiments, alimenter des réseaux de chaleur, servir des usages industriels ou agricoles — et, dans certains cas, produire de l’électricité.
C’est une ressource locale, renouvelable et non intermittente.
Comment ça marche ? Les différentes profondeurs
On distingue les usages selon la profondeur et la température atteintes.
La géothermie de surface (ou très basse énergie). De quelques mètres à environ 200 m, la température est faible (10 à 30 °C). On capte cette chaleur par des sondes verticales ou des échangeurs horizontaux, puis on la « concentre » à l’aide d’une pompe à chaleur géothermique (PAC). Grand avantage : c’est possible presque partout, quelle que soit la géologie locale. C’est la solution des maisons individuelles, petits immeubles et bâtiments tertiaires.
La géothermie profonde (basse énergie). Entre environ 600 et 2 500 m, on capte de l’eau chaude naturelle (30 à 90 °C) dans des aquifères. Cette eau alimente directement des réseaux de chaleur urbains — l’équivalent d’un chauffage central à l’échelle d’un quartier ou d’une ville. C’est la configuration emblématique du Bassin parisien.
La géothermie haute énergie. Au-delà de 2 500 m, ou dans des contextes géologiques particuliers (croûte terrestre plus fine), l’eau dépasse 150 °C et peut atteindre 250 °C. Elle permet alors de produire de l’électricité. En France, cela concerne surtout des zones volcaniques ou tectoniques : la Guadeloupe et l’Alsace.
Le principe du doublet. En géothermie profonde, on fore généralement deux puits : un puits de production, qui remonte l’eau chaude, et un puits de réinjection, qui renvoie l’eau refroidie dans le même aquifère. La ressource est ainsi préservée et le cycle est fermé.
Où en est la France ?
Un potentiel largement sous-exploité. La géothermie ne représente aujourd’hui qu’environ 1 % de la consommation de chauffage en France, alors qu’elle pourrait chauffer des millions de logements. Selon le BRGM, la seule géothermie de surface pourrait fournir jusqu’à 100 TWh de chaleur d’ici 15 à 20 ans.
Les chiffres du parc :
- Géothermie de surface : environ 205 000 installations recensées, dont la très grande majorité (195 000) en maisons individuelles.
- Géothermie profonde : environ 77 opérations en fonctionnement, dont plus de 50 en Île-de-France, alimentant une cinquantaine de réseaux de chaleur puisant principalement dans la nappe du Dogger.
- Production de chaleur : de l’ordre de 2 TWh livrés par la géothermie profonde, plus la contribution des pompes à chaleur géothermiques.
- Électricité : environ 0,1 TWh, produit essentiellement par la centrale de Bouillante en Guadeloupe, qui exploite la chaleur volcanique de La Soufrière. En métropole, la centrale de Rittershoffen (Alsace, depuis 2016) illustre le potentiel du fossé rhénan.
Les territoires favorables : le Bassin parisien, l’Aquitaine, l’Alsace et la région lyonnaise pour la géothermie profonde ; la géothermie de surface, elle, est possible presque partout.
Une priorité de la PPE3
La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), adoptée en février 2026, fait de la chaleur renouvelable — et de la géothermie en particulier — un pilier de la stratégie énergétique, avec l’objectif de 70 % d’énergie décarbonée d’ici 2035.
Les objectifs fixés :
- Multiplier par quatre la production de chaleur géothermique en métropole d’ici 2035.
- Géothermie de surface : 10 TWh en 2030, puis 15 à 18 TWh en 2035.
- Géothermie profonde : 6 TWh en 2030, puis 8 à 10 TWh en 2035.
Ces objectifs prolongent le plan d’action national pour la géothermie (PANG), qui prévoit notamment de doubler le rythme d’installation de pompes à chaleur géothermiques — visant 6 000 nouvelles installations par an chez les particuliers et 1 000 dans le collectif-tertiaire — et une hausse de 40 % du nombre de projets de géothermie profonde d’ici 2030.
Un enjeu clé identifié : mieux connaître le sous-sol. Le BRGM développe notamment un cadastre géothermique national, sur le modèle du cadastre solaire, pour évaluer le potentiel d’une parcelle et réduire le risque d’échec des forages.
Les enjeux
Ses atouts :
- Une chaleur continue et pilotable, sans intermittence ni dépendance à la météo — contrairement au solaire et à l’éolien.
- Très bas carbone et locale : pas d’importation, pas de combustion.
- Discrète : l’essentiel de l’installation est enterré, avec une faible emprise au sol et un impact visuel minime.
- Longue durée de vie et coûts d’exploitation faibles une fois l’installation réalisée.
- Particulièrement adaptée aux zones urbaines denses, là où les besoins de chauffage sont concentrés.
Ses limites et critiques :
- Un investissement initial élevé : le forage représente le gros du coût, ce qui allonge le temps de retour.
- Le risque géologique : un forage peut se révéler moins productif qu’espéré — d’où l’importance de la connaissance du sous-sol et des dispositifs de garantie.
- La dépendance à la géologie pour la géothermie profonde : tous les territoires ne sont pas éligibles.
- La question de la sismicité induite, qui a marqué l’opinion après des incidents liés à certains projets de géothermie profonde. La filière souligne que les techniques et les contextes diffèrent fortement selon les projets, et que les opérations classiques en aquifère (type Bassin parisien) ne relèvent pas des mêmes procédés.
- Des délais et une complexité administrative qui freinent le développement des grands projets.
À retenir
- La géothermie capte la chaleur du sous-sol : chaleur continue, locale, bas carbone.
- Trois échelles : surface (PAC, partout), profonde (réseaux de chaleur urbains), haute énergie (électricité, Guadeloupe et Alsace).
- Aujourd’hui : ~1 % du chauffage français, ~205 000 installations de surface, ~77 opérations profondes dont plus de 50 en Île-de-France.
- PPE3 (février 2026) : production de chaleur géothermique multipliée par quatre d’ici 2035.
- Atout : pas d’intermittence ; frein principal : le coût et le risque du forage.