L'hydraulique et les barrages
Deuxième source d’électricité en France derrière le nucléaire et première des énergies renouvelables, l’hydroélectricité est aussi la plus ancienne. Son atout majeur : c’est la seule renouvelable pilotable et stockable à grande échelle — un rôle devenu stratégique à mesure que l’éolien et le solaire, intermittents, montent en puissance.
C'est quoi ?
L’hydroélectricité transforme l’énergie de l’eau en mouvement — celle des lacs de montagne et des cours d’eau — en électricité. C’est une énergie renouvelable, sans combustion ni émissions de CO₂ à la production.
Comment ça marche ?
Le principe est simple et ancien. Une installation comprend généralement :
- Un ouvrage de retenue (le barrage), qui stocke l’eau et l’oriente vers l’usine de production.
- Une conduite forcée, qui amène l’eau sous pression.
- Une turbine, mise en mouvement par l’eau, couplée à un alternateur qui produit l’électricité.
La puissance dépend de deux facteurs : la hauteur de chute et le débit turbiné. Un petit débit tombant de très haut peut produire autant qu’un gros débit sur une faible dénivellation.
Les grandes familles d'installations
- Les centrales de lac (haute chute, en montagne) : elles stockent l’eau derrière un grand barrage et la turbinent au moment voulu. Ce sont les plus pilotables : on ouvre les vannes quand la demande le réclame.
- Les centrales au fil de l’eau (basse chute, sur les fleuves) : elles turbinent le débit disponible en continu, sans réelle capacité de stockage.
- Les STEP (stations de transfert d’énergie par pompage) : ce sont de véritables batteries géantes. Quand l’électricité est abondante et bon marché, on pompe l’eau d’un bassin bas vers un bassin haut ; quand la demande grimpe, on la turbine pour produire. C’est aujourd’hui le principal moyen de stockage d’électricité à grande échelle.
Le parc français en chiffres
- Puissance installée : environ 25 GW en France continentale.
- Production 2025 : 62,4 TWh, soit 11,4 % de la production électrique française — 2e source après le nucléaire, 1re renouvelable devant l’éolien et le solaire.
- Environ 450 « grands » barrages (plus de 15 m de haut), dont près de 220 servent à produire de l’électricité, essentiellement en montagne.
- Plus de 45 % du parc se situe en région Auvergne-Rhône-Alpes.
- Capacités de stockage : environ 5 GW de STEP et 13 GW d’hydraulique avec réservoir.
- Principaux exploitants : EDF (environ 70 à 80 % de la puissance), la CNR (Compagnie nationale du Rhône, ~25 %) et la SHEM (~3 %).
À noter : tous les barrages ne produisent pas d’électricité. Beaucoup servent à l’alimentation en eau potable, à l’irrigation, à la protection contre les crues ou à la navigation.
La réforme de 2026 : la fin des concessions
C’est le grand changement de l’année, après plus de vingt ans de blocage.
Le problème. Depuis la loi de 1919, les grands ouvrages étaient exploités sous le régime de la concession (d’une durée maximale de 75 ans). À leur échéance, la France ne les remettait pas en concurrence, ce qui lui a valu deux procédures de la Commission européenne (2015 et 2018-2019) : l’une sur l’absence de mise en concurrence, l’autre sur la position dominante d’EDF. Résultat : une incertitude juridique qui gelait les investissements dans les barrages.
La solution. La loi n° 2026-554 du 29 juin 2026, adoptée par l’Assemblée nationale le 17 juin (290 voix contre 59), change de modèle :
- Passage du régime de concession à un régime d’autorisation, pour les 340 installations de plus de 4,5 MW (près de 90 % de la puissance installée). Les concessions existantes sont résiliées, avec indemnité pour les contrats non échus.
- Des droits réels d’exploitation accordés aux opérateurs pour une durée pouvant atteindre 70 ans.
- En contrepartie, une ouverture à la concurrence : EDF devra mettre à disposition environ 6 GW de « capacités hydroélectriques virtuelles » via des enchères, sous le contrôle de la CRE.
- Une fiscalité locale revalorisée : l’IFER hydroélectrique passe de 3,394 à 7,6 €/kW de puissance installée, réparti entre départements, communes et intercommunalités.
L’objectif : relancer l’investissement. La loi vise 2,8 GW de capacités supplémentaires, dont 1,7 GW de STEP, conformément à la PPE adoptée en février 2026. EDF a annoncé près de 5 milliards d’euros d’investissements sur dix ans.
Les critiques. Des voix, notamment écologistes, s’inquiètent d’une fragmentation de la gestion des bassins versants : si des opérateurs concurrents exploitent des barrages situés en amont et en aval d’un même cours d’eau, la coordination écologique (débits réservés, biodiversité aquatique) pourrait en pâtir.
Les enjeux
Ses atouts :
- Pilotable et rapide : une centrale de lac peut monter en puissance en quelques minutes, ce qui en fait le meilleur outil d’équilibrage du réseau.
- Le seul stockage massif disponible aujourd’hui (les STEP), indispensable pour intégrer l’éolien et le solaire.
- Renouvelable, bas carbone et à très longue durée de vie.
- Un coût de production faible une fois l’ouvrage amorti.
Ses limites et critiques :
- Impact sur les milieux aquatiques : obstacle à la circulation des poissons et des sédiments, modification des débits.
- Un potentiel largement exploité : les meilleurs sites sont déjà équipés, la marge de croissance est limitée (d’où l’accent mis sur l’optimisation de l’existant et les STEP).
- La dépendance à l’hydrologie : sécheresses et modification du régime des précipitations font varier la production d’une année sur l’autre.
- Des conflits d’usage avec l’irrigation, l’eau potable, le tourisme et la navigation.
- L’acceptabilité des grands ouvrages, très visibles et parfois contestés localement.
À retenir
- L’eau en mouvement → turbine → alternateur ; puissance = hauteur de chute × débit.
- ~25 GW installés, 62,4 TWh en 2025, soit 11,4 % de l’électricité française : 2e source, 1re renouvelable.
- Trois familles : lac (pilotable), fil de l’eau (continu), STEP (stockage).
- Réforme du 29 juin 2026 : fin des concessions, passage aux autorisations (jusqu’à 70 ans), ouverture de 6 GW à la concurrence, objectif +2,8 GW.
- Atout majeur : la flexibilité ; limites : impacts écologiques et potentiel déjà bien exploité.