Prix de l'énergie : où en sont le pétrole, le gaz et l'électricité à l'été 2026
L’été 2026 offre un tableau contrasté : le pétrole s’envole sous l’effet de la crise du détroit d’Ormuz, le gaz se stabilise après un printemps très heurté, et l’électricité augmente au 1er août — mais pour des raisons qui n’ont presque rien à voir avec la géopolitique. Décryptage des trois marchés et de ce qui les fait bouger.
Pétrole : la prime géopolitique
C’est le marché le plus directement touché par les tensions internationales. Le 21 juillet, le baril de Brent a clôturé au-dessus de 90 dollars, une première depuis début juin, dans un contexte de dégradation de la situation autour du détroit d’Ormuz. Le directeur de l’AIE, Fatih Birol, a alerté sur les inquiétudes croissantes concernant la sécurité d’approvisionnement.
Le mouvement s’est enclenché avec la reprise des hostilités à la mi-juillet : après les frappes américaines du 14-15 juillet et la reprise du blocus naval, le Brent était déjà remonté à 85,77 dollars. Les analystes n’excluent plus un retour vers les 100 dollars si l’intensité du conflit se maintient.
Ce qu’il faut en retenir pour votre budget : la hausse du baril se répercute à la pompe avec quelques semaines de décalage. Le diesel est particulièrement exposé, car la contrainte porte moins sur le brut disponible que sur les capacités de raffinage et de distribution, qui se sont redressées plus lentement.
Pour comprendre les ressorts de cette crise, voir notre article « Géopolitique de l’énergie : le détroit d’Ormuz au cœur de la crise de 2026 ».
Gaz : accalmie après un printemps sous tension
Le gaz n’a plus de tarif réglementé depuis 2023. La référence est le prix repère publié chaque mois par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), autour du 10 du mois pour le mois suivant.
Le mouvement récent
| Mois | Prix repère (profil chauffage B1) | Variation |
|---|---|---|
| Mai 2026 | — | +15,4 % en moyenne |
| Juin 2026 | — | — |
| Juillet 2026 | 0,12766 €/kWh TTC | +8,29 % vs juin |
| Août 2026 | 0,12527 €/kWh TTC | −1,87 % |
L’abonnement, lui, passe de 359,63 € à 360,79 € par an.
Pour les petits consommateurs (profils cuisson et eau chaude), le prix du kWh était de 0,16055 € en juillet, avec un abonnement de 152,11 €/an.
Pourquoi ces secousses
La cause principale est géopolitique : la guerre au Moyen-Orient a provoqué une flambée d’environ 21 % du prix moyen repère TTC depuis février 2026. La hausse de mai (+15,4 % en moyenne, jusqu’à +20,6 % pour le profil chauffage) était directement imputée au conflit.
Mais l’impact reste plus contenu qu’en 2022, pour deux raisons : les stocks européens sont mieux garnis qu’à l’époque, et la diversification du GNL amortit le choc.
Le point de vigilance est ailleurs. Ce qui pèse désormais le plus durablement, ce sont les composantes hors marché : l’acheminement et la fiscalité. Au 1er juillet 2026, l’ATRD — le tarif de distribution du gaz, fixé par la CRE — a augmenté de 5,87 % en moyenne. Or cette part s’applique à tous les contrats, y compris à prix fixe.
Mise en perspective : depuis sa création en juillet 2023, où il s’établissait à 0,0820 €/kWh, le prix repère a progressé d’environ 55,7 %.
Électricité : +2,5 % au 1er août
C’est l’annonce de la semaine. Le 16 juillet, la CRE a transmis ses préconisations au gouvernement, qui les a approuvées le soir même : les tarifs réglementés de vente d’électricité augmentent de 2,5 % TTC en moyenne au 1er août 2026, soit environ 5,98 € par MWh TTC. La mesure concerne 19,37 millions de clients résidentiels en France métropolitaine.
Rappelons que le tarif réglementé de l’électricité — le « tarif bleu » — est révisé deux fois par an, en février et en août, la révision d’août intégrant traditionnellement les délibérations sur les réseaux.
Pourquoi cette hausse ? Pas le pétrole
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette augmentation ne vient pas directement de la crise pétrolière. Elle trouve son origine dans l’évolution du TURPE, le tarif d’acheminement de l’électricité — l’une des trois grandes composantes du prix final, avec la fourniture et les taxes.
Deux facteurs de fond expliquent le contexte :
1. La fin de l’ARENH au 1er janvier 2026. Le dispositif qui obligeait EDF à céder une part de sa production nucléaire à prix encadré aux fournisseurs alternatifs a pris fin, ce qui réorganise en profondeur la formation des prix de détail.
2. Un effet indirect du gaz. Même si l’électricité française repose majoritairement sur le nucléaire, la volatilité du gaz influence les prix de gros, via les centrales thermiques mobilisées lors des pointes et les mécanismes de formation des prix sur les marchés.
Ce qu'il faut comprendre : trois composantes, trois logiques
Ces mouvements deviennent lisibles dès qu’on décompose une facture :
| Composante | Qui la fixe | Bouge selon |
|---|---|---|
| Fourniture (le prix du kWh de votre offre) | Votre fournisseur | Les marchés de gros, la géopolitique |
| Acheminement (TURPE / ATRD) | La CRE | Les décisions de régulation, les investissements réseau |
| Taxes (accise, CTA, TVA) | L’État | Les décisions budgétaires |
La conséquence pratique est essentielle : seule la part fourniture dépend de votre fournisseur. L’acheminement et les taxes sont identiques partout et s’appliquent à tous les contrats — y compris aux offres à prix fixe.
C’est précisément ce qui se produit cet été : la hausse de l’électricité au 1er août et celle de l’ATRD gaz au 1er juillet viennent de l’acheminement, et aucune offre de marché ne permet d’y échapper.
Ce que vous pouvez faire (et ce que vous ne pouvez pas)
Vous ne pouvez pas éviter : les hausses d’acheminement et de fiscalité. Elles s’imposent à tous les contrats.
Vous pouvez agir sur la part fourniture :
- Comparer les offres. L’écart avec le tarif de référence reste significatif : côté gaz, l’offre la moins chère du marché était en juillet environ 17 % moins chère que le prix repère.
- Arbitrer entre fixe et indexé. Un prix fixe verrouille la part fourniture pour 1 à 3 ans, ce qui protège des secousses géopolitiques — mais pas de l’acheminement ni des taxes. Un prix indexé suit le prix repère ou le tarif réglementé, à la hausse comme à la baisse.
- Changer de fournisseur : gratuit, sans engagement, sans coupure.
Et surtout : agir sur votre consommation. C’est le seul levier qui ne dépend d’aucune décision extérieure.
À retenir
- Pétrole : Brent au-dessus de 90 $ le 21 juillet, plus haut depuis début juin, sous l’effet de la crise d’Ormuz. Retour vers 100 $ non exclu.
- Gaz : prix repère à 0,12766 €/kWh en juillet, 0,12527 € en août (−1,87 %) — une accalmie après +21 % depuis février liée au conflit. L’ATRD a augmenté de 5,87 % au 1er juillet.
- Électricité : +2,5 % TTC au 1er août 2026 (environ +5,98 €/MWh), pour 19,37 millions de foyers — une hausse due au TURPE, pas au pétrole. Fin de l’ARENH au 1er janvier 2026.
- La clé de lecture : seule la part fourniture se négocie ; l’acheminement et les taxes s’appliquent à tous.